Accueil > La Revue > Numéro 11 > Editorial numéro 11

Editorial numéro 11

par Anne Mounic

Éditorial

« Par le truchement d’objets déformés et fantomatiques, arrachés à leur monde organique, privés de substance ou de réalité propre, le rôle métaphysique du symbole dans l’imagination du XIXe et du XXe siècles se précise : il fait allusion à l’absence première de toute réalité dans l’existence humaine et dans le langage qui en témoigne, oriente finalement l’esprit vers le néant triomphant dans l’ensemble des expériences terrestres. » Ainsi s’exprime, dans l’introduction à Révolte et louanges (1962), la critique que Claude Vigée adresse à la pensée occidentale. Elle n’a pas, à mon sens, perdu sa pertinence. Pour cette raison, nous republions ces lignes importantes qui, à ma connaissance, n’ont pas été rééditées, alors que nombre d’essais recueillis dans Les Artistes de la Faim (1960), Révolte et louanges et L’art et le démonique (1978) furent republiés par Parole et Silence et Orizons entre 2000 et 2008.

Dans ce onzième numéro de Peut-être, Helmut Pillau, traduit par Martine Blanché, nous propose une étude comparative de deux œuvres, celle de Claude Vigée et celle de Jean-Paul de Dadelsen. « Dans ce texte, je souhaiterais comprendre dans quelle mesure l’origine alsacienne des deux auteurs a contribué à leur situation particulière au sein de la littérature française. Chacun à sa manière se situe à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de cette littérature. » Nous retrouverons plus loin Claude Vigée, avec son dernier poème, traduit ici par Anthony Rudolf, mais, pour l’instant, Michael Edwards, de l’Académie française, nous propose une méditation poétique sur l’œuvre d’Ovide, à partir d’un questionnement pertinent : « Pourquoi certains poètes opposent-ils, depuis peu, poésie et récit ? Comment comprendre, au contraire, le rapport de sympathie qui permet, apparemment depuis le début, à la poésie et au récit d’œuvrer ensemble, chacun selon sa propre vertu ? » Marc Porée, avec Catherine Lanone, Michel Murat et moi-même, nous suggère de considérer dans son ampleur poétique et politique l’art de la nuance. Muriel Baryosher-Chemouny nous entretient des similitudes qui marquent la figure royale dans le monde chinois et l’univers biblique. Nous rendons ensuite hommage, avec Ana-Maria Girleanu-Guichard, Heidi Traendlin et Dunstan Ward, à Hélène Péras, amie de longue date de Claude Vigée.

Enfin, Jean Migrenne nous propose sa traduction de poèmes de Dylan Garcia-Wahl, poète américain qui écrit sous un pseudonyme. Beryl Cathelineau Villatte nous livre ses impressions lors d’un voyage en train entre Paris et Nantes. Nous retrouvons Claude Tournon avec un triptyque à l’eau-forte, Poursuite, et nous accueillons Natalie Croiset, sculpteur, dont nous reproduisons aussi quelques dessins. Alfred Dott nous propose, en plus de ses photos, celles de Claude Vigée.

Merci à tous les contributeurs et bonne lecture à tous.

Anne Mounic
Chalifert, le 29 avril 2019.