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Claude Vigée reçoit le Grand Prix national de la Poésie

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Lettre de Mme Filipetti, Ministre de la culture

16 décembre 2013

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Claude Vigée, Photographie d’Alfred Dott.

Le Grand Prix national de la Poésie fut remis à Claude Vigée le lundi 16 décembre 2013, au Centre national du Livre, rue de Verneuil, à Paris. La cérémonie, menée par M. Vincent Monadé, Président du C.N.L., fut très chaleureuse. Claude a pu dire quelques mots à la suite de Mme Silvia Baron Supervielle, Présidente du jury et de Mme Laurence Franceschini, représentant Mme Aurélie Filippetti, ministre de la culture. Ce fut un moment heureux, auquel a contribué M. Alexis Lacroix.

Claude Vigée nous invite à faire surgir en nous, toujours recommençant, la force de vie qui, à chacun, fut donnée.

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Grand Prix national de la Poésie

***

Madame la Ministre, Monsieur le Président du Centre national du Livre, Madame la Présidente du jury ainsi que l’ensemble de ses membres, je vous remercie vivement pour la haute distinction dont vous m’avez honoré. Dès mon adolescence dans la campagne alsacienne, j’ai répondu à la musique des mots, aussi bien ceux, si familiers, de notre dialecte natal, que ceux, appris à l’école, du français. J’ai écrit la plus grande partie de mon œuvre en français. La lutte avec l’ange date des années 40.
Au milieu des grandes difficultés de notre histoire, la poésie a été pour moi une étoile filante dans la nuit. Aujourd’hui même, dans le silence qui la précède, la poésie demeure pour moi la source de vie dont je cherche toujours à partager le ravissement.
J’associe à ce moment la mémoire de mon épouse, Evy, et de mon fils Daniel.

Le silence
Mon âme est triste
comme la nuit
où le corps silencieux de Daniel mon fils
lentement se détruit.
Je suis aujourd’hui
l’orphelin de mon enfant. [1]

Claude Vigée, le 16 décembre 2013

*
Sinon ce cri

Je voudrais maintenant, ‒ en tant que présidente de l’Association des Amis de l’Œuvre de Claude Vigée, association qui, organisant colloques, après-midi poétiques, depuis 2007, et publiant, depuis 2010, une revue, intitulée Peut-être, avec l’aide constante de la Région Ile-de-France et, pendant deux ans pour l’instant, celle du Centre national du Livre, défend l’œuvre d’un poète majeur de notre époque ‒, je voudrais, au nom de tous les Amis, remercier Madame Aurélie Filipetti, ministre de la culture, Monsieur Vincent Monadé, Président du Centre national du Livre, Madame Silvia Baron Supervielle, présidente du jury ainsi que chacun de ses membres, pour cette marque de reconnaissance d’une voix dont notre époque n’a pas encore goûté toute la portée. Tout n’est pas encore dit, me semble-t-il, à propos de cette œuvre à mille têtes qui, en sa réflexion sur le poème, sur les langues et les dialectes, sur les sources bibliques et sur la pensée occidentale, relève la poésie de son inanité sonore. D’ailleurs, suite à ce Grand Prix national de la Poésie, nous envisageons, début juin 2015, d’organiser à Paris 3 Sorbonne nouvelle des Rencontres autour de l’œuvre de Claude Vigée, où chacun pourra nous entretenir de son engagement personnel auprès de cette parole multiple.
Claude Vigée, en effet, qui décidait dès l’âge de vingt ans de dompter le temps et s’insurgeait contre la barbarie durant la Seconde Guerre mondiale, en sa parole incarnée, miel dans le rocher, pas de l’oiseau dans la neige, ou danse vers l’abîme, porte la confiance au cœur du poème ainsi qu’en chacun de ses lecteurs attentifs, non pas une confiance naïve qui s’efforcerait d’ignorer les infinis tourments de ce monde, mais une foi dans le possible qui se déduit d’une décision vigoureuse de résistance à l’irréparable (je n’insisterai pas sur l’extrême importance de cette pensée de nos jours ; chacun ici la mesure). Il s’agit bien d’un combat, qu’il nomme, sur le modèle de Jacob, lutte avec l’ange, et, de manière tout aussi importante et éclairante, sur le modèle d’Abraham esquivant à la dernière seconde le sacrifice d’Isaac, circoncision de Dieu.
Cet acquiescement au peut-être qu’est le devenir en son inquiétante ambivalence, sans renoncement, mais la nuque raide et le verbe bondissant, se nomme d’un seul nom, unique, liberté.

Libre jusqu’au seuil de la perte,
je porte en me jouant
le joug léger du temps.

Mais toujours, redressant la tête
en moi j’écoute rire
le craquement sinistre
d’une antique vertèbre
dans le creux lisse, tiède et tendre
de ma nuque.

Dans le défilé
il n’y a pas de sens
sinon
ce cri
soudain fusant
un cri de
grâce :
manducation du vent
jour aveugle du chant
propulsé par le sang !
L’homme naît grâce au cri. [2]

Applaudissons maintenant Claude Vigée pour lui dire : Mazel tov !

Anne Mounic, le 16 décembre 2013.

Communiqué de presse du Ministère de la Culture

info portfolio

Autour de Claude Vigée. Photographie d'Alfred Dott. Madame Silvia Baron Supervielle et quelques membres du jury. Photographie (...) Madame Silvia Baron Supervielle. Photographie d'Alfred Dott. Madame Laurence Franceschini. Photographie d'Alfred Dott. Anne Mounic. Photographie d'Alfred Dott. Claude Vigée. Photographie d'Alfred Dott. Autour de Claude Vigée. Photographie de Guy Braun. Claude Vigée et Gérard Pfister. Photographie de Guy Braun. Claude Vigée et Clarisse Mazoyer. Derrière : Vincent Monadé et Alexis Lacroix. (...) Monsieur Vincent Monadé, Président du Centre national du Livre. Photographie (...) Claude Vigée lisant son poème à Daniel. Photographie de Guy Braun.

Notes

[1Claude Vigée, poème inédit, à paraître dans Peut-être, revue poétique et philosophique, n° 6, 2015. On trouve d’autres poèmes inédits dans le numéro 5, en cours, 2014, pp. 201-207.

[2Claude Vigée, « Dans le défilé », Délivrance du souffle (1977), in L’homme naît grâce au cri. Paris : Seuil Points, 2013, pp. 178-179.