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Editorial
Peut-être N°5

par Anne Mounic

Ce cinquième numéro de Peut-être, en sa diversité, trouve son unité selon plusieurs axes, définis à la fois par notre réflexion, en tant qu’association, et par nos activités, à partir de l’œuvre de Claude Vigée, qu’il nous a été donné, par exemple, de présenter en février à la Halle Saint-Pierre, à Paris. Nous publions ici l’essentiel de cette présentation, Heidi Traendlin nous entretenant de « L’Alsace dans l’œuvre de Claude Vigée ». A cela s’ajoute aujourd’hui l’évocation, par Anne-Marie Pelletier, de l’amitié qui liait Claude Vigée à André Néher. Le dossier du numéro 4 de la revue, sous la direction de Robert Misrahi, ayant porté sur la liberté, nous associons, Véronique Verdier et moi, le poète et le philosophe en envisageant leur œuvre sous cet angle.

Nous gardons trace également de notre après-midi poétique de mars 2013, durant laquelle nous avons évoqué, grâce à Agnès Spiquel, présidente de la Société d’études camusiennnes, « Camus et l’expérience de l’Algérie ». Nous célébrons ainsi l’amitié entre les deux poètes et leur commune fidélité au pays de l’origine. « Il reste un peu d’Alsace au fond de son Afrique », disait Claude Vigée à propos d’Albert Camus. Jean Lacoste nous avait parlé du Voyage intérieur de Romain Rolland, occasion d’évoquer l’amitié de ce dernier avec Sigmund Freud : « Le Voyage intérieur a donc été publié en 1942, mais la rédaction initiale est plus ancienne : elle est le fruit de la rencontre avec Freud dans les années vingt. C’est ce dernier qui avait, par lettre du 9 février 1923 à un ami commun, Edouard Monod-Herzen, exprimé son admiration pour la figure de Rolland, après ces années de guerre qui avaient révélé à l’un et à l’autre la puissance des forces de destruction, de Thanatos, en Occident. Rolland réagit par une longue et belle lettre en date du 22 février 1923 dans laquelle il dit connaître depuis longtemps l’œuvre de Freud (il aurait acheté la deuxième édition de la Traumdeutung en 1909 à Zurich) et célèbre en Freud le ‘Christophe Colomb d’un nouveau continent de l’esprit’. Il exprime aussi son espoir d’un renouveau dans la crise politique et morale que traverse l’Europe après la guerre. Le 4 mars, la réponse de Freud met le doigt sur le point de divergence fondamental : pour Freud, l’idéalisme de Rolland est admirable, mais il craint qu’il ne s’agisse ici de belles illusions. »

Muriel Chemouny nous apporte à ce propos une réflexion approfondie sur la notion de lieu dans la tradition juive, sous l’aspect notamment, à partir de l’épisode du songe de Jacob, d’une quête spirituelle ou « Voyage vers Le Lieu » qui « nous entraîne dans une trame de correspondances où chaque mot a une résonnance et une épaisseur symbolique, derrière son voile. Le Lieu dont on parle, – Ha-MaQOM en hébreu –, est avant tout l’une des nombreuses appellations du divin ou de ses émanations. Il est dans ce sens non localisable, ni dans l’espace ni dans le temps : Le Lieu indéfini, inconnaissable, inaccessible. C’est, nous dit le Zohar, le ‘Point suprême’, le ‘Point unique’, Départ de toute manifestation, une manifestation –, pour reprendre une formule de Claude Vigée –, de la ‘puissance d’émergence indomptable’. »

En mars dernier, Hélène Péras évoquait pour nous la mémoire de François-René Daillie et Maurice Couquiaud célébrait l’éloge du peut-être. Jean Migrenne nous offrait un florilège de ses traductions poétiques, dont nous reproduisons ici quelques-unes. Nous rendons un hommage spécial au poète gallois Dylan Thomas (1914-1953), né à Swansea le 27 octobre 1914. Nous le retrouverons plus amplement dans le prochain numéro (janvier 2015).

1914-2014

L’année 2014 marquant également le centenaire du début de la Grande Guerre, –, qui aura mutilé l’Europe, selon le mot de Romain Rolland dans Au-dessus de la mêlée, recueil d’articles republié cette année –, nous entreprenons dans ce numéro la publication de quelques poèmes anglais de guerre dans leur traduction française, par Jean Migrenne notamment. Nous évoquons ainsi Ivor Gurney, Robert Graves, Wilfred Owen et Isaac Rosenberg. Ce ne sont pas les seuls, bien entendu. Nous traduirons quelques poèmes de Charles Sorley, entre autres, dans le prochain numéro. Comme, lors de sa lecture en mars dernier, j’avais beaucoup apprécié les traductions des poèmes d’Isaac Rosenberg par Jean Migrenne, tout en remarquant combien elles étaient différentes des miennes, je lui ai proposé de publier conjointement nos deux versions de deux très célèbres œuvres, « Louse Hunting » et « Break of Day in the Trenches ». L’expérience est intéressante, car elle démontre bien tout le possible de l’art de la traduction, œuvre d’intersubjectivité, impliquant des choix singuliers, qui jamais d’ailleurs n’épuisent la substance de l’œuvre traduite, puisqu’elle s’ouvre, elle aussi, à ce « peut-être » dont nous reconnaissons l’énergie dynamique. Le goût de la diversité, l’écoute des voix multiples, ainsi que la conversion du devenir en un terreau de création et de liberté ne peuvent qu’unir une communauté des singuliers. Il ne s’agit donc ni de juger ni de hiérarchiser, mais de se montrer sensible aux nuances.

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Éditorial complet pp. 3 à 9 du numéro 5.
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