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Editorial Peut-être n°8

Editorial

Nous plaçons ce huitième numéro de Peut-être sous le signe du « Buisson ardent », que Claude Vigée écrivit à Jérusalem en 1970, texte liminaire au Soleil sous la mer (1972).

Pour un peu, tentés par l’éclat excessif mais mortel de l’arbre angélique, nous aurions consumé, ‒ avec tout ce Bischwiller engourdi, sombrant de nouveau dans la nuit d’hiver, ‒ le monde des apparences familières, au sein duquel seulement pouvait surgir, et briller un temps, la lumière invisible du cœur. Ceux qui n’ont su garder vivante la lumière souterraine enfermée dans la coquille étroite du monde révélé, ne sont-ils pas désireux d’y mettre le feu et de l’anéantir d’un coup, comme les enfants jouant à minuit avec les chandelles mourantes du sapin de Noël, au fond de la bicoque ancienne faite de pans de bois et de torchis ? Dans un accès de diablerie, ‒ malice espiègle, révolte, ou désespoir ‒, ils espèrent faire jaillir de la destruction du monde reçu l’étincelle de la grâce, qui de nouveau se dérobe à leurs mains vides, à leurs yeux envahis de ténèbre. Ainsi les hommes changent-ils en une fournaise dévoratrice d’univers la mince lueur du salut, quand ils ne peuvent la faire scintiller plus longtemps contre les poutrelles de chêne ciré du plafond, qui seul protège du froid et de la nuit un humble foyer humain.

Et nous republions quelques poèmes des années 1949-1950, placés sous le signe de l’attente :

Brûlez à notre front
lumineux entrelacs de fruits
Que l’orage s’apaise aussi
dans les forêts sans nom…

Nous approfondissions ensuite, grâce à Nicolas Class, qui réunit et présente ce dossier, la question du démonique, considéré comme « vie justifiée ». On connaît l’importance de cette notion au fondement de la poétique de Claude Vigée. Nicols Class, Maurice Elie et Jean Lacoste nous aident à mieux cerner cette dynamique. Martine Blanché s’attarde sur les liens entre Yvan Goll et Claude Vigée, nous proposant une analyse fie et détaillée des traductions de ce dernier.
Dans « L’oreille ouverte », nous reprenons les moments forts de nos après-midi poétiques, avec Jean Bessière, qui nous parle du poète américain John Ashbery, et Tatiana Victoroff, qui nous fait pénétrer l’univers de la très célèbre poète russe, Anna Akhmatova. Je reprends deux entretiens effectués en 2008, sur le thème de l’existence et de la spiritualité, pour la revue en ligne Temporel, l’un avec Georges-Emmanuel Clancier, qui avait participé à une des premières après-midi, l’autre avec Geoffrey Hill. Malheureusement, cette dernière reprise se transforme en un hommage. Geoffrey Hill a en effet disparu en juin 2016. Je garde un souvenir très ému de cette rencontre.
Jean Witt réfléchit sur la maladie d’Alzheimer à la lumière des Ecritures et Guillaume d’Enfert nous fait connaître une artiste dont l’œuvre lui est chère, Louise Hervieu (1878-1954). Quelques reproductions de ses œuvres ponctuent ce numéro, dans lequel nous présentons également le travail de graveur de Nicole Guézou, artiste contemporaine. Jean-Luc Hohl Muller nous envoie des photographies d’Alsace. J’ai demandé à Alfred Dott d’accompagner photographiquement le « Buisson ardent » de Claude Vigée.
Nous retrouvons Jean Witt, dans « Le Lac de la rosée », avec des poèmes. Beryl Cathelineau Villatte nous offre un poème en prose, accompagné d’une photographie prise par son frère. Georges Gachnochi nous donne à lire quatre poèmes. Je propose quelques poèmes de Stevie Smith, poète anglaise du vingtième siècle, réputée pour son humour.

Merci à tous ceux qui ont participé à ce numéro, et bonne lecture.

Anne Mounic