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Pluie de noix

Petite anthologie de poésie alsacienne

Notes de lecture
- On en parle sur Alsatica

- Revue Alsacienne de littérature N°1226

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Revue Alsacienne de littérature N°122

Pluie de noix. Petite anthologie bilingue de poésie alsacienne. Introduction et sélection par Heidi Traendlin. Illustrations d’Alfred Dott, Guy Braun, Anne Mounic. Les Cahiers de Veut-être, Chalifert, 2014. Association des Amis de l’Œuvre de Claude Vigée.
C’est avec émotion et plaisir que nous accueillons la parution de cette « petite anthologie bilingue de poésie alsacienne » réunie par Heidi Traendlin. Citons sa présentation concernant le titre et l’intention de ce recueil : « Pluie de noix est une image insolite de Claude Vigée qui a lu et médité l’œuvre d’A.ndré Weckmann, en particulier le poème « Kochersberg » paru en 1967 dans la Petite anthologie de la poésie alsacienne. Le poète de Steinbourgj évoque les souffrances et les espoirs d’un peuple en dou^e strophes écrites en vers libres, dans un souffle imprimé par le vent de la vie vécue entre les frontières de sa province rurale connue pour sa beauté et sa convivialité autant que pour sa langue rugueuse et douce à la fois, si peu accueillie dans sa singularité. Les poèmes bilingues de cette brève anthologie, parfois traduits en français par les poètes eux-mêmes, constituent un extrait limité et subjectif d’une littérature alémanique abondante et diversifiée, se déclinant en d’autres genres tels que le théâtre et la chanson. » Des photographies d’Alfred Dott, des gouaches
d’Anne Mounic, des monotypes et eaux-fortes de Guy Braun rythment les « moments poétiques ». Sous le titre Le miel de la langue, la parole promise, emprunté à Adrien Finck (dans la traduction de Heidi Traendlin), Anne Mounic relève dans son introduction l’importance du «  miel de la langue » qui fait résonner, même lorsqu’il s’agit d’une traduction, la réalité même du timbre de ces voix individuelles. Le dialecte natal menacé apparaît comme une «  parole promise » qui résonne d’autant plus fortement dans le «  gosier », pour reprendre ce mot cher à Claude Vigée : la menace, par un mouvement vigoureux, inaugure un renouveau du «  souffle » qui offre des possibilités inouïes à une écriture poétique proche du vivant, une poétique dont les images sont volontiers ancrées dans la réalité immédiate. Cette «  poétique du souffle » est condensée dans le poème Ischniïfa d’Adrien Finck : «  ischnüfa / ’s Heiligschwara / ischnüfa / ’s Heiliglichta // üsschnüfa /àlles widder z’ruckga / dànkbar » // « inspirer / le poids sacré / inspirer / la légèreté sacrée // expirer / redonner tout en retour / reconnaissant » (Traduction : Michèle et Angèle Finck)
L’anthologie s’ouvre sur un choix de poèmes des frères Matthis, suivi, dans cet ordre, par Nathan Katz, Raymond Buchert, Emile Storck, Georges Zink, Claude Vigée (dont ce receuil reprend notamment des extraits majeurs de Schwàrzi sengessle flàckere ém wénd et de Wénderômfir), André Weckmann (relevons que l’anthologie est dédiée «  à la mémoire d’André Weckmann »), Adrien Finck, Conrad Winter, Jean-Paul Sorg, Sylvie Reff- Stern, Ronald Euler. Les traductions françaises sont assurées soit par les auteurs eux-mêmes, soit par d’autres poètes comme Eugène Guillevic, Jean- Paul de Dadelsen mais aussi Gaston Jung, Heidi Traendlin, Herbert Holl, Kza Han et Jacques Goorma, pour ne citer que ces noms familiers à nos lecteurs. Une publication phare qui rend accessible des voix majeures de la poésie dialectale alsacienne du XXe et XXIe siècles aux lecteurs francophones, grâce à la médiation assurée par la traduction : « petite » par le volume (120 p.), cette anthologie est « grande » par sa portée.
Maryse Staiber